Les TIC représentent un enjeu pour la coopération internationale et le développement. On ne manque pas d’initiatives et de programmes qui s’attachent à en faire l’un des vecteurs ou l’une des conditions de la réalisation des Objectifs Du Millénaire et donc de l’avènnement d’un monde meilleur. Les TIC permettent de s’informer, de communiquer et de collaborer en vue de réaliser des objectifs partagés. Elles sont le média de la coopération internationales sans lesquels il serait objectivement difficile aujourd’hui de réaliser la plupart des projets de coopération. Elles sont aussi souvent l’objet de la coopération. De nombreuses initiatives de coopération internationales visent à développer l’usage des outils, les pratiques de communication et les démarches collaboratives à des fins de développement.
Pourtant, l’émergeance et l’appropriation des TIC ne sont pas constitutifs d’un mouvement naturel, neutre, qui en soit apporterait le progrès. La plupart des technologies sont de fait, non seulement massivement plus utilisées mais aussi concues dans les pays du Nord. Elles sont donc situées dans un contexte historique et socio-culturel. Elles matérialisent des idées, des représentations culturelles, des rapports entre les individus, entre les communautés, attachés à ces contextes particuliers (occidental) qui influencent profondément les processus d’appropriation censés servir le développement.
Dans les pays du Sud, (comme dans ceux du Nord, les usages s’articulent bon gré, mal gré avec les savoirs socio-techniques « traditionnels ». Ils contribuent à l’évolution des formes de socialité et peuvent générer des ruptures entre les groupes sociaux (groupe d’âge, groupe sociaux, … ). Bien plus encore que l’accès à Internet, c’est l’usage du téléphone portable, des chaînes satellitaires, des moyens modernes de transmission des flux financiers, etc., qui ont des conséquences sur le plan économique, à travers l’ouverture du marché mondial, mais aussi des effets sur les marchés locaux, sur le plan social modifiant par exemple les rapports entre les genres, les rapports culturels. Les compétitions entre les chaînes satellitaires mondiales, CNN et al Jazira contribuent à modifier les représentations du monde.
Pour autant, les pays du Sud ne restent pas passifs dans les processus de transfert et d’appropriation des technologies. Ils tentent, et pour un nombre significatif d’entre eux, réussisent à contribuer à la création et à l’innovation technique. Ils mettent en oeuvre des usages qui s’éloignent des stéréotypes de l’aide au développement pour répondre aux besoins des populations dans leurs contextes spécifiques.
Ce mouvement s’accompagne de la mise en oeuvre de stratégies politiques et économiques et de recherche à l’échelon national. Les efforts de formation des ingénieurs informatiques indiens ou de la Chine en sont des exemples connus. Parfois ces choix sont contradictoires : l’adoption du logiciel libre dans les administration semble mal se marier avec l’usage des systématiques des OGM et de la brevetabilité du vivant dans les laboratoires brésiliens.
L’action volontaire des pays du Sud s’exprime aussi au travers des alliances et des batailles que se livrent les différents acteurs, administrations, industries et recherches, sociétés civiles par dessus les frontières . Les créations de zones de libre échange (MERCOSUR, CEDEAO, ASEAN), les négociations internationales (OMPI, ICANN, etc…) ou les mobilisations des citoyens (FSM, contre-sommets, CRIS campaign, …), offrent le décor de ces grandes manoeuvres.
Les usages des TIC dans les pays du Sud, et la perception que les acteurs des pays du Nord en ont, ne vont pas de soi. Les acteurs de la coopération louent volontiers l’originalité des usages « collectifs » des TIC dans les communautés villageoises des pays les plus pauvres, comme le partage d’ordinateurs ou de téléphones cellulaires. Mais les acteurs du Sud ont besoin de voir reconnue la légitimité de leurs approches, autant que l’originalité de leurs usages. Sans cela, les usages émergents sont réduits à un simple folklore sur lequel on porte un regard bienveillant, mais compatissant. Cette reconnaissance est une condition de la coopération équitable entre les acteurs du Nord et du Sud. Elle le sera aussi dans la coopération Sud/Sud. On retrouve dans la fracture numérique entre le Nord et le Sud, celle bien plus ancienne entre les pays riches et les autres.
L’enjeu de la fracture numérique est donc autant le transfert des technologies et des innovations en vue de contribuer au développement, que le partage des modalités de l’appropriation des TIC entre les acteurs du nord et ceux du Sud. Il serait utile pour cela, de donner aux acteurs (du Nord comme du Sud), les clefs permettant de comprendre les logiques (diverses) qui structurent l’engagement dans la création, la diffusion des technologies, et leur adoption, notamment lorsque cela prétend participer à atteindre les Objectifs Du Millénaire.
C’est à ce projet que l’association VECAM s”est attachée en s’engageant dans une démarche de coopération et de collaboration avec des organisations du tiers secteur des pays du Sud.